Regardez un pain : c’est l’histoire de l’humanité que vous contemplez. A la base de notre alimentation depuis des millénaires, il est le témoin privilégié de l’histoire des civilisations. Symbole spirituel, il accompagne les fêtes et les rites religieux. Au gré des caprices de la nature et des campagnes militaires, le pain est signe d’opulence ou de misère, de servitude ou de liberté : pain de famine au moyen-âge, marches de la faim à l’aube de la révolution française, pain noir et rationné de la guerre, pain blanc de l’après-guerre.

Découvrez l’histoire du pain, et à travers elle, celle d’un métier à l’exceptionnelle longévité.


- De la préhistoire à l’antiquité :
L’histoire du pain commence en –8000 av. J-C. avec les prémisses de l’agriculture. L’activité de boulangerie se développera au cours de l’antiquité avec l’avènement des civilisations méditerranéennes (égyptienne, grecque et romaine)

- Au moyen âge (du Vème au XVème siècle) :
Dans l’Europe rurale du moyen âge, nombreuses sont les périodes de disette qui entraînent l’apparition des pains de famines : pains de farine de gland, pains de racines et d’herbes pilées, …A cette époque, le système féodal régit les activités humaines, y compris la boulangerie : la cuisson du pain fait l’objet d’une redevance. Peu à peu, les boulangers, alors appelés talmeliers, s’organise en une corporation très puissante.

- De la renaissance à la révolution française (du XVème siècle à 1789) :
Le développement des sciences profite à la technologie meunière et boulangère. Les techniques de panification progressent considérablement. Mais le blé connaît de fortes hausses de prix et, à l’aube de la révolution, la colère du peuple affamé se cristallise contre les boulangers.

- De la révolution française à la IIIème république (de 1789 à 1870) :
La révolution agricole va progressivement faire disparaître les famines. Les méthodes de fermentation évoluent et, parallèlement, les méthodes de pétrissage. C’est l’époque des premiers essais de mécanisation, encore timides : le métier de boulanger est encore très physique.

- De la IIIème république à la 2ème guerre mondiale (de 1870 à 1945) :
Ce sont les débuts de la boulangerie moderne. Les inventions sont nombreuses et l’accès à des matières premières diversifiées est plus aisé. Pourtant, le pain va se raréfier à l’occasion de la crise économique de 1929, puis avec l’occupation allemande.

- De l’après-guerre aux années 60 :
Les fournils se modernisent. La boulangerie est encore une activité largement artisanale, même si les produits industriels sont des succès commerciaux auprès des consommateurs urbains.

- Depuis les années 60 :
Après la recherche d’un pain toujours plus blanc, le consommateur revient à des goûts plus typés. Les boulangers diversifient leur gamme de pains spéciaux et reviennent à des méthodes de fabrication traditionnelles : levain naturel, pâte peu pétrie mais très fermentée, four à bois. Le prix du pain est libéralisé en 1986. La concurrence des industries et des grandes surfaces se fait plus rude. Mais le dynamisme et le talent des artisans français leur assure un prestige qui ne connaît pas de frontières.

- Les historiens de la boulangerie : Hubert Chiron et Steven L. Kaplan

Utilisation de la Farine

La farine de blé tendre ou de froment est la plus communément utilisée en boulangerie.

Elle est classée selon des "types" définis en fonction du taux de cendre (résultat d'une analyse qui consiste à brûler la farine et en analyser les cendres). C’est aussi le mélange des différentes farines obtenues à chaque étape de la mouture (farine de broyage, de claquage et de convertissage) qui donne la farine panifiable utilisée par le boulanger et que l’on appelle « farine entière ».

Le taux de cendre : critère de classification de la farine de blé tendre.

Dans cette famille, les grands types de farine sont donc définis en fonction du taux de cendre contenu dans 100 gr de matière sèche. Le taux de cendres est la quantité de matières minérales, principalement contenues dans le son et encore mélangées à la farine. Plus elle est épurée, plus le taux de cendre est faible. Ce taux est réglementé par les Pouvoirs publics, Pour fabriquer le pain courant, le boulanger utilise généralement de la farine de type 55 : le taux de résidus minéraux ou taux de cendres est compris entre 0,5 % et 0,6 %.

La farine la plus épurée est de type 45 et la plus complète est de type 150.

A chaque farine son usage.

Le blé tendre ou froment livre des farines destinées à la panification, à la pâtisserie et à la cuisine.

Autres farines.

Si le blé fournit l’essentiel de la farine, d’autres farines sont produites.

La farine de seigle : particulièrement cultivé dans les pays nordiques, le seigle est récolté en été. Sa densité est moins importante que celui du blé. Sa mouture est légèrement différente à cause des enveloppes très cassantes. Comme pour la farine de blé, le type de farine de seigle est déterminé en fonction du taux de cendres. Une farine de seigle doit contenir au maximum 5 % de mouture de graines autres que le seigle.
La farine de sarrasin : appelé aussi blé noir, il est essentiellement employé aujourd’hui pour la fabrication de crêpes et de galettes. Riche en protéines, en minéraux et oligo-éléments ainsi qu'en vitamines du groupe B, il est largement utilisé dans les produits diététiques.
La farine de maïs : base de l’alimentation en Amérique du Sud, il n’est guère possible d’utiliser seule la farine de maïs pour faire du pain. Le maïs se présente plutôt comme une semoule fine. On l'utilise pour confectionner certains plats typiques.
La farine d'orge : La farine d'orge permet de réaliser des bouillies et des galettes. On l'emploie aussi pour enrichir les potages et les entremets.
 

D’autres farines originales existent telles la farine de coton, de méteil, d'épeautre…
 


Les moulins d’aujourd’hui sont entièrement automatisés, une poignée d’hommes suffit à faire fonctionner un moulin moderne.
Le meunier programme le tableau de bord, appelé « synoptique » selon la farine qu’il souhaite obtenir et selon le type de blé qui sera écrasé. Les machines, quant à elles, sont installées dans différentes salles sur plusieurs niveaux.


Un moulin, peut, selon les cas, tourner 24 heures sur 24, 365 jours par an ou sur un rythme plus traditionnel.


Certains moulins disposent d’un laboratoire intégré permettant de tester les qualités techniques et physiologiques des blés.
De même des tests de panification peuvent être effectués pour vérifier que les qualités de la farine répondent aux attentes du boulanger.

Pour bien comprendre le processus de transformation du grain de blé en farine, ou plus précisément du principe d'extraction de farine, il faut comprendre le parcours que va entreprendre le grain de blé dès sont arrivée au moulin.

Le nettoyage du blé dès son arrivée au moulin (1), les grains de blés sont stockés dans de grands silos puis transportés par des élévateurs ou des bandes transporteuses jusqu’à des réservoirs puis sont déversés dans les nettoyeurs séparateurs (2) lesquels à l’aide d’un tamis éliminent les impuretés - terre, pierres, pailles, grains vides, poussières, autres graines...(3)(4)(5).
Après avoir été nettoyés, des trieurs permettent de ne conserver que les grains de blé purs.
Ces grains de blé sains sont humidifiés (6) pour faciliter la séparation de l’amande de ses enveloppes et reposent de 24 à 48 heures dans des boisseaux à blé propre avant d’être moulus. Un ultime-passage par des « brosses à blé » permet de supprimer les éventuelles poussières restantes.

Les étapes de la mouture :

Après le nettoyage, la transformation du grain de blé va s’opérer en trois étapes : le broyage, le claquage et le convertissage. Chacune de ces étapes représente plusieurs passages de blé dans les machines. Le produit de chaque passage successif est tamisé selon la grosseur. Chaque opération complémentaire permet d’extraire un peu plus de farine. Pour obtenir ce résultat, un diagramme de mouture est défini par le meunier permettant de régler les machines en fonction des variétés de blé reçues et la qualité de farine souhaitée. La mouture aboutit à la séparation du grain de blé en deux composants : les enveloppes d’un côté et la partie farineuse de l’autre. Pour parvenir à ce résultat, le blé va suivre le labyrinthe du diagramme de mouture complètement automatisé. A la fin des opérations, la farine contient encore un faible pourcentage de matières minérales et de débris du germe qui déterminent le taux de cendres règlementaire.

Les 3 étapes de la transformation :

En trois étapes principales, environ quatorze opérations sont nécessaires pour obtenir la farine qu’attend le boulanger.

- Le Broyage : le grain passe entre de gros cylindres métalliques (8) qui ont remplacés les meules d’autrefois. De multiples passages dans ces cylindres aux cannelures de plus en plus fines permettent de séparer l’enveloppe et l’amande. A chaque broyage, des tamis perfectionnés ou plansichters (9) séparent les produits et les classent selon leur grosseur.

- Le Claquage : il s’agit d’une réduction des semoules opérée par des rouleaux lisses pour broyer les particules encore plus finement.

- Le Convertissage : ultime opération de plusieurs passages dans une série de cylindres lisses pour obtenir une farine encore plus fine. Le diagramme de la mouture.


Donc, pour obtenir la farine souhaitée, chaque meunier a mis au point un diagramme de mouture. Le principe général repose sur la différence de structure du grain : l’amande friable se laisse écraser facilement, tandis que les enveloppes, en raison de leur nature fibreuse, résistent plus. Grâce au savoir-faire du meunier et la performance des machines, le blé suivra selon ses caractéristiques le diagramme de mouture le mieux adapté.

 

Et pour démontrer que le pain est à l'origine de notre existence, voici quelques ditons ou proverbes.

  • Gagner son pain ou sa croûte (à la sueur de son front)
  • Oter le pain de la bouche
  • Le pain et le vin sont le commencement d'un festin
  • Manger le pain de...
  • Bon comme le pain
  • C'est du pain bénit
  • Se répandre comme des petits pains
  • Ne pas manger de ce pain-là
  • Ca ne mange pas de pain
  • Avoir du pain sur la planche
  • Manger son pain noir avant son pain blanc
  • Perdre le goût du pain (Mourir)
  • Faire passer le goût du pain (Tuer)
  • Long comme un jour sans pain
  • Tremper son pain de larmes (En être réduit au désespoir et au pain sec)
  • A pain dur, dent aiguë (Il faut adapter les moyens à la tâche à réaliser)
  • Tel a du pain quand il n'a plus de dent
  • Pain coupé n'a pas de maître (Se dit quand on prend à table le morceau de pain d'un autre et peut avoir un sens plus large)
  • Nul pain sans peine
  • Il ne fait pas ce qu'il veut celui qui son pain sale. (Quand on doit se contenter de sel pour garnir son pain, on n'est pas libre)
  • Celui qui est né pour un petit pain n'en aura jamais un gros (Proverbe québecquois)
  • Le pain d'autrui est amer (Il est désagréable de vivre de la charité)
  • Là où pain fault (=manque) tout est à vendre
  • Les mains noires font manger le pain blanc (le travail procure la richesse)
  • Après blanc pain Bis ou faim
  • Si tu manges ton pain blanc en premier, tu manges ton pain noir plus tard
  • Il vaut mieux pain sans nappe que nappe sans pain
  • A l'autre huys (=porte) on donne deux pains (Moquerie adressée aux quémandeurs)
  • Pain tant qu'il dure Mais vin à mesure
  • Mettre le pain à l'envers empêche les amours (superstition de Touraine)
  • Croûte de pâté vaut bien pain (Le meilleur peut remplacer le bon)
  • Liberté et pain cuit
  • Avoir mangé plus d'un pain (avoir beaucoup voyagé)
  • Avec du pain et du vin, il fera quelque chose (à propos de quelqu'un de maladroit)
  • Avoir son pain cuit (Etre riche ou, moins agréable, être condamné)
  • Changement de corbillon (= corbeille) fait appétit de pain bénit (Changer de partenaire excite l'appétit)
  • Coller un pain (Frapper)
  • Donner du pain de chapitre à quelqu'un (Faire des reproches à quelqu'un)
  • Emprunter un pain sur la fournée (Etre enceinte sans être mariée)
  • Grossier comme un pain d'orge
  • Il ne vaut pas le pain qu'il mange
  • Il ne veut pas manger de pain moisi (Il ne veut pas être célibataire)
  • Il pleure le pain qu'il mange
  • Il mange son pain sous son manteau (Il est avare)
  • Laisser manger son pain (Faire preuve de lâcheté)
  • Manger du pain rouge (A propos des malfaiteurs et des assassins)
  • Pain dérobé réveille l'appétit (Ce qui est interdit est attirant)
  • Y tremper son pain (Métaphore sexuelle)
  • Promettre plus de beurre que de pain (A propos des mystificateurs)
Les grandes dates du pain
12000 ans - 7000 ans av. J.-C
Les hommes du mésolithique mangent des céréales en Mésopotamie, au Proche-Orient.
4000 ans av. J.-C.
Les céréales sont cultivées au bord du Nil.
1800 ans av. J.-C
1ère citation du pain dans la Bible.
300 ans av. J.-C
1ères pistoria, boulangeries, à Rome.
200 ans av. J.-C.
Les boulangers grecs apprennent aux Romains l'utilisation de la levure de bière.
100 ans av. J.-C.
1ers moulins hydrauliques.
Pendant le siècle de J.-C.
Distribution de pain gratuit à Rome.
400 ap. J.-C.
1ers moulins à eau en France.
800 ap. J.-C.
1ères boulangeries, 1ers moulins à vent en France.
1300
Création de la corporation des boulangers.
19 janvier 1322
Ordonnance permettant aux boulangers de travailler la nuit.
 
1751
1er pétrin inventé par Solignac.
24 août 1864
Naissance de la Chambre syndicale de la boulangerie de Paris.
1880
Apparition du métier de porteuse de pain. Disparu en 1914.
2 juillet 1889
Création du Syndicat national de la boulangerie française.

 

1914-18
La guerre accélère l'utilisation du pétrin mécanique.
1920
Panification directe à la levure.
1926
Début du façonnage mécanique
1955
Pétrin à deux vitesses
1958
1ères diviseuses
1970
Retour des pains spéciaux et de campagne
1972
Inauguration à Rouen de l'INB (Institut National de la Boulangerie).

 

16 mai 1996
1ère Fête du Pain en France.